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Anne-Valérie Dulac

Université de la Sorbonne Nouvelle - Paris III


Champs du visible : horizons du voir dans King Lear et Antony and Cleopatra

 


Résumé / Abstract


Si la pratique théâtrale est éminemment destinée à donner en spectacle, les conceptions du champ visuel se font aussi, dans King Lear et dans Antony and Cleopatra au cœur même du texte, dans la matière métaphorique et dans les réseaux où l’on décèle, comme en creux, une pensée, floue mais obsédante, de l’acte de voir. Derrière l’apparente organisation du paysage monarchique ou impérial, tous les fondements des gouvernements sont en réalité dénoncés comme autant d’architectures superficielles et précaires. Par la subversion du rayon lumineux et incandescent qui, de Platon à Aristote, est censé représenter la perception visuelle et son action sur le monde, les deux pièces tendent à prouver sans le montrer que le monde excède toujours la vision qu’on en a, qu’il n’y a de perspective que tronquée. Alors de feux du regard on passe à l’élément liquide comme matrice et modèle de l’acte de voir. Le champ visuel, inondé, n’est plus en aucun lieu précis, pas même sur scène. Il est aussi sur scène, mais toujours en même temps qu’ailleurs, et au-delà de là où il semble se jouer. C’est cet espace ouvert à l’inquiétante infinitude du monde auquel ouvre l’optique shakespearienne. Espace et temps tout à la fois, on y retrouvera alors des échos troublants des textes de Lucrèce et de Giordano Bruno.

My contention in this paper is to try and probe into King Lear’s heath and Antony and Cleopatra’s « Nilus » as the only true — if moving and changeable — spaces for vision to occur. The visual field metaphor as such is thus to be replaced by that of a visual and paradoxically invisible space. Such uncommon « places » allow the audience to experience vision as a necessarily incomplete perceptual process. One is carried away within the very sensory texture of the world so that no hindsight or proper perspective can ever be drawn. By displaying a proto-phenomenological conception of optics, these two plays invite the reader to peer beyond and through them from a historical point of view. One may indeed sense the distant though lingering influence of Lucretius and Giordano Bruno’s views on vision and perception. The very word « influence » proves all the more telling when bearing in mind its former and original cosmological meaning whereby it applied to the liquid emanation of stars, accounting for their impact on the sublunary world. The main transformation undergone by vision in Shakespeare’s plays consists in having metaphors of flowing and liquefied matter to describe perception instead of resorting to the traditional scholastic tradition of rays of light and fire. Not only do Shakespearean eyes subvert the then common solar « burning » visual fields, they also lead to a radically anti-Aristotelian definition of space as being infiltrated by time and therefore submitted to the changing phases of the « moist star ».

L’auteur


Anne-Valérie Dulac est agrégée d’anglais, ancienne élève de l’Ecole Normale Supérieure. Elle enseigne actuellement en tant qu’ATER à l’Université de Paris III. Sa thèse de doctorat, en cours, porte sur les théories optiques et les visions poétiques à l’œuvre dans les Sonnets de Shakespeare.



Pour citer l'article :

Anne-Valérie Dulac, « Champs du visible : horizons du voir dans King Lear et Antony and Cleopatra », Études Épistémè, 10, 2006. Science et littérature II, Science et littérature (II), p. 53-74.

URL: http://revue.etudes-episteme.org/spip.php?article104


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Études Épistémè,
10, 2006. Science et littérature II

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