Line Cottegnies et Christine Sukic

Avant-propos

 



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Ce douzième numéro d’Études Épistémè est constitué de varia. Les trois premiers articles forment cependant un ensemble issu d’une journée d’études organisée par Épistémè dans le cadre du groupe de recherches de l’Université Paris 7 – Denis Diderot, le G.R.I.P. (Groupe de Recherche Interuniversitaire sur la Poésie Anglophone) dont le responsable Paul Volsik nous avait conviés à participer au thème de recherches les « Manifestes poétiques », le 30 septembre 2006. Ce thème, que le G.R.I.P. a exploré dans une perspective historique au cours de plusieurs séances, nous a permis de réfléchir à la notion de « manifeste », et de nous demander si ce terme pouvait s’appliquer à la période de la fin du XVIe siècle et du début du XVIIe siècle en Angleterre. À cette occasion, Laetitia Coussement-Boillot s’est intéressée au texte fondateur de Sir Philip Sidney, The Defence of Poesy (1595), Charlotte Coffin au même texte de Sidney, dont elle a retenu l’autre titre, An Apologie for Poetry (1595), et à celui de Thomas Heywood, An Apology for Actors (1612), et Christine Sukic à l’essai de Samuel Daniel, A Defence of Ryme (1603).

Il y avait à l’époque peu de théoriciens de la littérature anglaise. Il existait bien des ouvrages de rhétorique, mais il serait difficile de leur appliquer le terme de « manifestes poétiques ». C’est le renouveau de la littérature anglaise au début du XVIe siècle, avec Sir Thomas Wyatt et le Comte de Surrey, qui a donné lieu à une nouvelle préoccupation pour les problèmes théoriques posés par la littérature, sous l’influence, d’une part, de la redécouverte des Anciens et d’autre part, de la révélation de la nouvelle poésie italienne. Ainsi, le premier véritable théoricien anglais de la littérature, Sidney, reprend des idées déjà énoncées par d’autres, sans toujours en préciser l’auteur ; mais telle était la pratique à l’époque, et l’on ne saurait parler de plagiat à propos d’une culture de la réécriture. À cet égard, il est évident que l’Angleterre connaît un certain retard dans la théorisation littéraire – mais aussi dans l’exploration ou l’adoption de nouvelles formes – par rapport au Continent et se trouve bien souvent en décalage avec ce qui se pratique en particulier en Italie ou en France.

Si l’emploi du terme « manifeste » a un caractère anachronique pour cette période, c’est également parce que la prépondérance d’une culture de l’emprunt rend difficile l’utilisation d’un mot impliquant la critique d’une pratique passée et l’affirmation d’un radicalisme fondé sur le changement. Or un auteur de cette période, même s’il n’hésite pas à exposer ses idées en matière de pratique littéraire, s’inscrit toujours dans une tradition préétablie, et les débats que l’on observe dans l’Angleterre de l’époque sont donc bien souvent nés de polémiques déjà entamées par des humanistes français ou italiens. Le problème principal de l’emploi du terme « manifeste » pour l’Angleterre de cette période réside donc dans la question de l’innovation, et de la possibilité de définir des Anciens et des Modernes, puisqu’il s’agit bien souvent, pour ces auteurs qui défendent une cause, de s’attaquer à la nouveauté pour revenir à l’ancien, plutôt que de prôner une innovation. C’est là une question spécifiquement anglaise, liée à un contexte politico-religieux, et dans lequel se font jour des manifestes contradictoires en ce que l’on pourrait les voir comme des manifestes de la tradition.

Les autres articles du numéro 12 de la revue portent sur des sujets non liés à cette thématique : l’article de Simeon Gallu montre comment se manifeste, dans le recueil de George Herbert, The Temple (1633) une subjectivité moderne, suggérée par la doctrine anglicane de « la justification par la foi seule » ; Marie-Alice Belle s’intéresse à la traduction de l’Énéide par John Ogilby (1654), dont le texte est marqué par le contexte politique et esthétique de son temps ; Tony Gheeraert examine la question des prophéties dans les tragédies de Racine, et met en évidence la distinction qui y est nettement établie entre prophéties authentiques et faux oracles ; enfin, Sandrine Sorlin définit dans son article la langue philosophique de John Wilkins comme une « utopie linguistique ». Ce numéro se clôt par une critique du beau film d’Eric Rohmer, les Amours d’Astrée et de Céladon, par Tony Gheeraert.



Pour citer l'article :

Line Cottegnies et Christine Sukic, « Avant-propos », Études Épistémè12, 2007. Varia.

URL: http://revue.etudes-episteme.org/spip.php?article109


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