Annie-Paule Mielle de Prinsac

L’Aminta du Tasse a-t-elle inspiré Shakespeare ?

 


Résumé / Abstract


Il est rare que le Tasse soit évoqué parmi les sources de Shakespeare et la célèbre boutade de son rival Jonson selon laquelle il aurait eu « peu de latin et encore moins de grec » semble englober également l’ignorance de l’italien. Lorsqu’on étudie la pastorale, il semble que l’inspiration nourrie par les Métamorphoses d’Ovide soit amplement suffisante. Richard Cody est l’un des rares critiques à mettre le Tasse et Shakespeare côte à côte dans une étude des théories platoniciennes dans la pastorale. Il m’a donc paru intéressant de fouiller plus avant la question. Mon propos dans cet article est de montrer comment certains mots, certains thèmes et situations se retrouvent dans l’œuvre de Shakespeare, où ils apparaissent de façon récurrente tout en subissant quelques métamorphoses au fil du temps. Ce faisant, on remarque à quelle point les pièces de Shakespeare sont pénétrée par le genre pastoral d’un bout à l’autre de son œuvre. On est surpris de découvrir une grande communauté d’esprit entre certaines pièces et l’Aminta, pas seulement en ce qui concerne l’influence platonicienne, mais aussi dans l’ironie et l’esprit ludique qui imprègne le langage. Si l’on n’a, à ce jour, aucune preuve d’emprunts linguistiques, on ne peut nier la ressemblance et la vivacité dramatique de certains personnages. Le génie de Shakespeare se mesure à l’écart qu’il y a entre sa première tentative immature avec Les Deux Gentilshommes de Vérone, et la maîtrise du monde merveilleux qu’il crée dans La Tempête. De l’une à l’autre, cependant, l’influence du Tasse nous éclaire sur le sens profond de celles-ci.

Tasso’s name is rarely ever evoked in relation to Shakespeare’s sources and the well-known appraisal that he had « little Latin and less Greek » seems to have been extended to his having no Italian either. When Pastoral is studied, Ovid’s Metamorphoses seem to provide sources galore. Richard Cody seems to be one of the few critics to put Tasso and Shakespeare side by side in a study of Pastoralism and Platonic theory. It has seemed to me interesting therefore to probe deeper into the subject. My purpose in this article is to reveal how some words, situations or themes have somehow reached Shakespeare and how they have been gradually used and transformed by him. By so doing, one realises the extent to which Shakespeare’s plays have actually integrated the pastoral genre, which runs from one end of his work to the other. One is surprised to discover a great community of mind between some of them and Tasso’s Aminta, not only concerning their use of Neoplatonicism, but also in the playful irony that permeates their language. If no linguistic evidence has as yet been brought, one cannot deny the likeness of spirit and the dramatic liveliness of their characters. Shakespeare’s superior genius can be measured by the distance there is between his first immature attempt, The Two Gentlemen of Verona and the wonderful world of The Tempest. Surprisingly, Tasso’s influence is enlightening throughout.

L’auteur


Agrégée d’anglais, Annie-Paule Mielle de Prinsac est maître de conférences à l’université de Bourgogne où elle enseigne la littérature anglo-américaine. Elle s’est d’abord spécialisée dans les études shakespeariennes et a contribué par des articles à Etudes Anglaises et aux éditions Ellipses consacrées à la préparation de Shakespeare à l’Agrégation. Après avoir obtenu une bourse de recherche à l’université de Harvard où elle a travaillé sur la métaphore et la métamorphose dans les dernières pièces de Shakespeare, elle a enseigné à l’université de Madagascar.
De retour en France, c’est en tant qu’américaniste qu’elle rejoint l’université de Bourgogne après s’être spécialisée dans le domaine de la littérature afro-américaine. Elle a publié un livre sur Toni Morrison, De l’un à l’autre. L’identité dans les romans de Toni Morrison, EUD, 1999.



Pour citer l'article :

Annie-Paule Mielle de Prinsac, « L’Aminta du Tasse a-t-elle inspiré Shakespeare ? », Études Épistémè, 6, 2004. Le voyage du texte, La réception de l’Aminta du Tasse en France et en Angleterre, p. 93-113.

URL: http://revue.etudes-episteme.org/spip.php?article60


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Études Épistémè,
6, 2004. Le voyage du texte

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