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Pierre Kapitaniak

Université Paris-V René-Descartes


Du progrès et de la promotion des démons : démonologie et philosophie naturelle dans l’épistémè européenne aux XVIe et XVIIe siècles

 


Résumé / Abstract


La démonologie connaît un essor sans précédent dans la seconde moitié du xvie siècle. Les auteurs des traités théologiques ou des manuels de sorcellerie proposent une nouvelle esthétique des ténèbres dont l’élément clef est le sabbat. Ils participent activement à la construction idéologique d’une véritable anti-église régie par Satan, qui reflète, comme dans un miroir, les rites catholiques avec les sorcières pour officiants. Le présent article s’inspire du travail de Stuart Clark qui offre une lecture alternative de ces changements en relativisant le rôle actif joué par les traités démonologiques dans les chasses aux sorcières. Ainsi, il faut associer la démonologie avec l’avancement dans la philosophie naturelle, plutôt qu’avec sa stagnation ou déclin. Clark rejette la construction moderne d’une corrélation directe entre la montée de la science et le déclin de la magie, et postule que la démonologie fournissait un support privilégié aux interrogations épistémologiques de la science en mutation. Plutôt que trop crédules, ces auteurs apparaissent engagés dans une tâche de « démystification scientifique », cherchant à déterminer les limites de Satan et de ses démons, selon un système de catégories construit autour de deux oppositions : réel/illusoire et diabolique/non-diabolique. Ce n’est donc pas dans un scepticisme scientifique grandissant qu’il faut voir la cause principale du déclin de la démonologie au début du xviiie siècle, mais plutôt dans le passage de la théologie naturelle théiste à la théologie rationnelle déiste vers les années 1740.

The second half of the 16th century marks an unprecedented vogue of demonology. The authors of theological treatises or witchcraft manuals offer new aesthetic insights of darkness focused around the sabbath. They actively participate in the ideological construct of an anti-church ruled by Satan – a mirror image of the catholic rites with witches as officiating priests. The present paper offers a synthesis of Stuart Clark’s alternative view of these changes, which minimises the active role played by demonological treatises in the witch hunts. Thus, demonology must be associated with the advancement of natural philosophy, rather than with its stagnation or decline. Clark rejects the modern construction of a direct correlation between the rise of science and the decline of magic, and postulates that demonology provided a privileged ground for epistemological questioning of the evolving science. Rather than too credulous, these authors appear to have been engaged in a task of « scientific demystification », endeavouring to determine the limits of Satan and his demons, according to a system of categories built around two oppositions : real/illusory and demonic/non-demonic. Therefore the main cause of the decline of demonology at the dawn of the 18th century is not so much the growing scientific scepticism, but the shift from theistic natural philosophy towards deistic rational theology in the 1740s.

L’auteur


Professeur agrégé d’anglais à l’Université Paris V - René Descartes. Auteur d’une thèse sur les Spectres dans le théâtre de la Renaissance anglaise et les rapports avec les théories démonologiques de l’époque (en cours de publication chez Champion), ainsi que de plusieurs articles sur le théâtre anglais et sur l’histoire de la démonologie européenne.



Pour citer l'article :

Pierre Kapitaniak, « Du progrès et de la promotion des démons : démonologie et philosophie naturelle dans l’épistémè européenne aux XVIe et XVIIe siècles », Études Épistémè, 7, 2005. Science(s) et littérature(s) I, Science(s) et littérature(s), I, p. 53-64.

URL: http://revue.etudes-episteme.org/spip.php?article67


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