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Marie-Alice Belle

Université de Paris III-Sorbonne Nouvelle


« Unfortunate Travellers » : translatio, travestissement et maniérisme littéraire chez Marlowe et Nashe

 


Résumé / Abstract


Le mythe médiéval de la translatio studii, ou transfert du savoir d’Est en Ouest, se voit renouvelé à la Renaissance à travers le mouvement de traduction et imitation des œuvres classiques sur lequel repose la défense humaniste des langues vernaculaires. La métaphore vestimentaire devient une image de choix pour exprimer à la fois le transfert littéraire, les transformations linguistiques, et le travail d’« illustration » formelle du vernaculaire qu’implique l’exercice de l’imitatio. Tirée de la rhétorique classique où elle figure l’alliance des mots et du contenu à exprimer, la métaphore du langage comme habit de la pensée renvoie aussi aux théories néoplatoniciennes selon lesquelles l’idée demeure inchangée à travers la multiplicité des formes qu’elle peut revêtir. Cet article s’intéresse à la subversion du modèle humaniste de la translatio opéré par Nashe dans The Unfortunate Traveller, et Marlowe dans The Tragedy of Dido, Queen of Carthage. Dans ces deux œuvres publiées en 1594, les thèmes croisés du travestissement et de la digression burlesque offrent matière au dévoiement systématique des principes de l’imitatio classique. L’idéal d’un retour aux sources antiques est transformé en détour par les artifices de l’Italie moderne, et par la mise en scène des clichés du langage amoureux pétrarquiste et néoplatonicien. A l’image du vêtement répondent celles de l’habit du fou (Nashe) et du travestissement ironique (Marlowe), en une contre-imitation reposant sur la parodie, l’exploitation des ambiguïtés linguistiques, la subversion érotique et le mélange des genres. La prolifération disparate du signe devient alors le lieu d’une remise en cause du modèle néoplatonicien de l’imitation, et la représentation d’une vision éclatée du langage et de ses codes. Il s’agit ici d’analyser les modes d’écriture d’un maniérisme défini par Claude-Gilbert Dubois comme « dynamique créatrice de formes », reposant sur la pratique d’une « imitation différentielle », anti-humaniste et subversive, et de souligner son enracinement historique dans les principes rhétoriques et philosophiques de la modernité humaniste.

In the Renaissance, the medieval myth of translatio studii, i.e. the transfer of knowledge from East to West, was renewed by the Humanists’ enterprise to legitimise the literary use of vernacular languages by translating and imitating the Classics. Clothing became a choice metaphor to illustrate at once the literary transfers, the linguistic transformations and the attempts at « beautifying » the vernacular that are involved in the process of imitatio. Drawn from Ancient rhetorical theories, the conception of language as the dress of one’s thoughts was also key to Neoplatonic theories of language, according to which the multiplicity of possible forms is compatible with the immutable nature of the idea. This article aims at showing how the Humanist model of translatio is subverted in Nashe’s Unfortunate Traveller and Marlowe’s Tragedy of Dido, Queen of Carthage, both published in 1594. In both works, the themes of cross-dressing and burlesque digression appear as means to a systematic debunking of the principles on which Classic imitatio was based. Instead of the Humanist ideal of a return to Ancient sources of knowledge, what is staged is a detour through the artificial conceits of Modern Italy, in an ironic display of the Neoplatonic clichés of Petrarchan love poetry. The clothing metaphor is turned into motley (Nashe) and cross-dressing (Marlowe), in a counter-imitative use of parody, semantic ambiguity, erotic subversion and of the mix of literary genres. What emerges from such an erratic proliferation of form is a challenge to the Neoplatonic model of imitation, and the staging of a conception of language that undermines its very codes. This article draws on Claude-Gilbert Dubois’ analysis of Mannerism as « form-generating dynamics » ; it studies the writing processes at work through Mannerist subversive and anti-Humanist « differential imitation » and underlines the indebtedness of Mannerist writing to the particular circumstances of Humanist modernity and its rhetorical and philosophical underpinnings.

L’auteur


Agrégée, ancienne élève de l’École Normale Supérieure, Marie-Alice Belle prépare actuellement un doctorat à l’Université de Paris 3 – Sorbonne Nouvelle sur les traductions et adaptations du livre IV de l’Énéide en Angleterre aux XVIe et XVIIe siècles.



Pour citer l'article :

Marie-Alice Belle, « « Unfortunate Travellers » : translatio, travestissement et maniérisme littéraire chez Marlowe et Nashe », Études Épistémè, 9, 2006. Baroque/s et maniérisme/s littéraires, Actes du colloque, p. 185-200.

URL: http://revue.etudes-episteme.org/spip.php?article82


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