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Claire Boulard-Jouslin

Université de Paris III - Sorbonne Nouvelle


Politique et imagination féminine dans Natures Pictures de Margaret Cavendish (1656)

 


Résumé / Abstract


En 1656, en exil à Anvers, Margaret Cavendish publie sous le titre de Natures Pictures drawn by Fancies Pencils to the Life, un ouvrage curieux qui rassemble en onze livres de nombreuses préfaces, des poèmes en vers et en prose, des nouvelles et romans, des fables et une biographie. Le recueil, à l’image du titre, propose au lecteur un ensemble disparate et contradictoire qui ne peut que déconcerter le lecteur, car il lui promet un ouvrage recherchant une vérité sur la nature qui serait fondée à la fois sur les sciences et sur l’imagination, deux notions qui au XVIIe siècle deviennent de plus en plus antinomiques. Il s’agira donc de d’abord de montrer comment, en plaçant son livre sous l’égide de la contradiction, de l’imagination, de la science et de la profusion de genres littéraires, Margaret Cavendish refuse de réduire l’opposition entre l’imagination et la science à une opposition entre faits et fiction et proposerait une alternative à l’empirisme baconien tout en se démarquant de l’aristotélisme. Mais il conviendra aussi de voir, que Nature’s Pictures est bien plus qu’une simple prise de position dans la querelle des sciences nouvelles. Il est aussi, par son aspect protéiforme et par ses thèmes, un acte de résistance d’une royaliste exilée, contre le régime Cromwellien. Margaret Cavendish masquerait une propagande royaliste derrière une création littéraire et scientifique en apparence incohérente produite par une imagination féminine perturbée. Elle utiliserait l’imagination comme un outil destiné à la fois à subvertir la notion de vérité scientifique et à indiquer au lecteur le chemin plus noble de la vérité politique et de ses convictions personnelles. L’esthétique de la fragmentation et du paradoxe serait alors à l’origine d’une anamorphose vertigineuse, recueil boursouflé et incohérent qui, appréhendé dans ses perspectives multiples, (littéraire, biographique, scientifique et politique) se transformerait en un portrait spirituel et baroque.

In 1656, Margaret Cavendish publishes a puzzling book entitled Natures Pictures drawn by Fancies Pencils to the Life, which gathers in eleven books numerous prefaces, poetry in verse and prose, fables as well as novellas, romances and lastly her own biographical account. Natures Pictures, as the title suggests, offers the reader a contradictory and disconcerting text, as it promises a book that will search for natural truth both in a scientific and an imaginary way. It thus uses two concepts that were getting increasingly antagonistic in the 17th century. Our aim will therefore be to show that Margaret Cavendish refuses to reduce this opposition between imagination and science to that of facts and fiction. By resorting to a variety of literary genres and by turning contradiction into a system she thus offers the reader an alternative to Baconian empiricism as well as to Aristotelism. However it seems that Natures Pictures is more than a book of controversy on the new scientific methods. It is also by its themes and its structure clearly a political act of resistance against the Cromwellian regime. Margaret Cavendish, a royalist exile in Antwerp, hides an anti-republican propaganda behind a seemingly incoherent scientific and literary creation. She thus uses fancy as a tool to subvert the notion of scientific truth. She also points to the reader the noblest way to (her own) political truth. The aesthetics of fragmentation, of atomization and paradox that is inscribed in the very structure of the book then becomes the key. Read in its multiple (literary, biographical, scientific and political) perspectives Natures Pictures is in fact a coherent, spiritual as well as baroque anamorphotic portrait of Margaret Cavendish herself.

L’auteur


Maître de Conférences à l’Université Paris 3 - Sorbonne Nouvelle, Claire Boulard - Jouslin a publié plusieurs articles sur la presse féminine anglaise du XVIIIe siècle. Elle est l’auteur d’un ouvrage sur la relation des femmes à la presse périodique : Presse et socialisation féminine en Angleterre de 1690 à 1750 : conversations à l’heure du thé (Paris, L’Harmattan, 2000). Elle aussi édité un recueil d’articles sur Jardins et paysages en Angleterre au XVIIIe siècle (Reims, Presses Universitaires de Reims, 2001).



Pour citer l'article :

Claire Boulard-Jouslin, « Politique et imagination féminine dans Natures Pictures de Margaret Cavendish (1656) », Études Épistémè, 9, 2006. Baroque/s et maniérisme/s littéraires, Varia, p. 429-449.

URL: http://revue.etudes-episteme.org/spip.php?article97


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